« L’audit social ne s’adresse pas qu’aux entreprises »

(Jacques Igalens, président de l’IAS)

Paris – Publié le mardi 22 janvier 2019 à 12 h 26 – Entretien n° 138097« L’entreprise prend aujourd’hui de nombreux engagements volontaires, elle est également évaluée par des agences de notation extra-financière, elle engage des dialogues avec ses parties prenantes et ensuite elle doit leur rendre des comptes (…) l’auditeur social apporte une valeur ajoutée car il peut donner confiance à la direction ou à des parties prenantes (salariés, fournisseurs, investisseurs) dans la capacité de l’entreprise à intégrer toutes ses nouveautés et à continuer à progresser notamment dans le domaine social et sociétal. » déclare à News Tank Jacques Igalens, président de l’IAS, dans un entretien à News Tank le 18/01/2019.

« L’auditeur social, avec d’autres, et notamment ses collègues du chiffre, peut aussi apporter des éclairages sur la liaison entre performance sociale et performance économique ou même performance financière. »

« L’audit social ne s’adresse pas qu’aux entreprises (…) Les hôpitaux, les universités, les administrations, les grosses associations ont également besoin d’audits sociaux pour savoir où elles en sont, non seulement par rapport aux nouvelles normes qui les concernent mais aussi en termes d’efficacité et d’efficience de leurs actions » .

« Depuis quelques années le champ de l’IAS s’est élargi aux problématiques en relation avec la RSE notamment l’éthique, l’égalité hommes/femmes, la diversité, etc. »

Dans son interview à Newstank, le nouveau président de l’IAS présente l’institut et son apport à une meilleure prise en compte par l’entreprise de ses responsabilités humaines et sociales en tant que facteur d’une performance globale et durable.Découvrir

D’où viennent l’audit social et l’Institut de l’Audit Social ?

Après son développement aux États-Unis dans les années cinquante, l’audit social apparait assez timidement en Europe, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, il apparait également un peu plus tard dans les pays du Nord de l’Europe. En France, l’audit social sera « boosté » par la loi de 1977 qui rend obligatoire la publication du bilan social dans les entreprises de plus de 300 employés. C’est à partir de la masse d’informations que produit cette loi que la recherche académique nationale se développe sur le thème de l’efficacité et de l’efficience des politiques sociales et qu’en 1982, Raymond Vatier crée l’Institut International de l’Audit Social. Par la suite, l’IAS deviendra un centre de réflexions et d’échanges qui essaimera dans des pays le plus souvent totalement ou partiellement  francophones grâce à l’action de son past-président, le professeur Jean-Marie Peretti.

Aujourd’hui l’IAS rassemble environ par moitié des praticiens de la GRH et des enseignants-chercheurs qui se rencontrent régulièrement pour échanger sur l’évolution des outils et des méthodes d’audit social. Depuis quelques années le champ de l’IAS s’est élargi aux problématiques en relation avec la RSE notamment l’éthique, l’égalité hommes/femmes, la diversité, etc.  

Comment définissez-vous l’audit social ?

Pour l’IAS, l’audit social est une forme d’observation qui tend à vérifier les principes, les processus et les résultats, dans le domaine des relations de l’organisation avec ses parties prenantes.

L’objectif est de vérifier que ladite entreprise ou organisation :

• A effectivement réalisé ce qu’elle dit avoir fait ;
• Utilise au mieux ses moyens ;
• Évalue correctement les risques qu’elle court ;
• Conserve son autonomie et son patrimoine ;
• Est capable de réaliser ce qu’elle dit vouloir faire ;
• Respecte les règles de l’art.

L’audit social ne s’adresse pas qu’aux entreprises, même si ces dernières ont aujourd’hui besoin de nombreux audits sociaux relatifs à leur chaîne d’approvisionnement et de sous-traitance. Les hôpitaux, les universités, les administrations, les grosses associations ont également besoin d’audits sociaux pour savoir où elles en sont, non seulement par rapport aux nouvelles normes qui les concernent mais aussi en termes d’efficacité et d’efficience de leurs actions.

Quelles sont les activités de l’IAS ?

L’IAS délivre des formations, organise des Universités et des rencontres, prend position sur des sujets de son ressort et développe des partenariats avec d’autres associations professionnelles. Au titre des formations, l’IAS a développé, par exemple, une « formation certifiante à la pratique de l’audit social », une autre est consacrée à l’analyse de conformité sociale et, plus récemment, une  formation à l’éthique a été mise en place avec l’Académie de l’éthique.

Chaque année l’IAS organise deux Universités (en France ou à l’étranger) qui permettent à la fois des échanges sur les évolutions et les outils de l’audit social et sociétal, mais aussi des communications scientifiques à partir de recherches d’enseignants-chercheurs sur des sujets de GRH et de RSE. Les prochaines universités auront lieu à :
• Genève le 31/05/2019 sur le thème « Audit Social et Intelligence Artificielle » 
• Yaoundé (Cameroun) du 11 au 13/12/2019. Il s’agira là de notre 37e Université.

Nous organisons aussi des ateliers et des rencontres thématiques à Paris et en province. Nous avons exprimé notre point de vue il y a quelques semaines sur le projet de loi Pacte. Enfin, nous entretenons des relations suivies avec une dizaine d’associations professionnelles au premier rang desquelles l’ANDRH, dont notre fondateur a été Président. Nous essayons de mettre de nombreuses informations sur notre site, http://www.auditsocial.net
Par exemple, nous avons mis récemment sur site une note méthodologique concernant les enquêtes de climat social.

Comment voyez-vous l’évolution de l’audit social ?

La matière évolue en permanence ; elle évolue parce que la législation sociale évolue ; songez aux changements en matière de représentations des salariés ou à la loi Pacte qui va arriver très bientôt dans les entreprises, ou encore au devoir de vigilance qui date de 2017 et qui n’a pas encore produit tous ses effets… Mais au-delà des évolutions législatives ou réglementaires, l’entreprise prend aujourd’hui de nombreux engagements volontaires, elle est également évaluée par des agences de notation extra-financière, elle engage des dialogues avec ses parties prenantes et ensuite elle doit leur rendre des comptes.

Chaque fois, l’auditeur social apporte une valeur ajoutée car il peut donner confiance à la direction ou à des parties prenantes (salariés, fournisseurs, investisseurs) dans la capacité de l’entreprise à intégrer toutes ses nouveautés et à continuer à progresser notamment dans le domaine social et sociétal. L’auditeur social, avec d’autres, et notamment ses collègues du chiffre, peut aussi apporter des éclairages sur la liaison entre performance sociale et performance économique ou même performance financière. Sur ce sujet, certainement l’un des plus passionnants pour notre communauté et pour nos mandants, la réponse n’est jamais universelle elle nécessite un travail d’observation et de compréhension qui part du terrain.Fiche n° 33924, créée le 21/01/19 à 18:35 – MàJ le 21/01/19 à 18:48

Jacques Igalens


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